Le marché européen du gazole connaît d'importantes contraintes d'approvisionnement, sous l'effet de niveaux d'eau extrêmement bas sur le Rhin, de stocks historiquement faibles dans la région ARA et d'une demande soutenue sur l'ensemble du continent, selon une récente analyse d'Alkagesta.

Le marché européen du gazole se caractérise actuellement par une grave pénurie de l'offre, qui se traduit par une structure de prix en forte déport, signe d'une rareté immédiate du produit physique. La logistique en Europe du Nord-Ouest est fortement entravée par des niveaux d'eau extrêmement bas sur le Rhin, notamment au goulet d'étranglement de Kaub, où le niveau était tombé à 32 cm fin juillet. Ce goulet d'étranglement hydrologique limite considérablement la capacité des barges assurant la distribution vers l'intérieur des terres, aggravant les difficultés d'approvisionnement. Parallèlement, les stocks primaires du pôle Amsterdam-Rotterdam-Antwerp (ARA) ont chuté à leur plus bas niveau depuis août 2022, signe d'une offre fortement contrainte. Dans le bassin méditerranéen, les conditions restent exceptionnellement tendues en raison d'une forte demande saisonnière pour la production d'électricité et les transports dans les pays d'Afrique du Nord. Ces pressions ont propulsé les prix des références de gazole à 50 ppm et à 0.1% à leurs plus hauts niveaux depuis début avril.
Principaux facteurs du marché
Plusieurs facteurs convergent pour créer ces tensions. La crise logistique sur le Rhin est déterminante : le niveau d'eau à Kaub est passé de 72 cm le 10 juillet à 32 cm le 27 juillet, selon Alkagesta. Les projections laissent entrevoir un niveau inédit de 25 cm, qui entraînerait de fait l'arrêt de la navigation sur le Rhin supérieur. Cette situation a réduit les capacités de chargement des barges à seulement 16.6%, faisant fortement augmenter les coûts de fret et imposant un report coûteux vers le transport routier et ferroviaire. Dans le pôle ARA, les stocks de diesel et de gazole sont tombés à 1.636 million de tonnes métriques au 24 juillet, leur plus bas niveau depuis août 2022, mettant en évidence un marché où la demande locale et à l'exportation dépasse largement l'offre disponible.
Les facteurs liés à la demande contribuent également aux tensions. En Allemagne et en Suisse, le début de la constitution saisonnière des stocks de fioul domestique à 50 ppm accentue la pression. Le marché méditerranéen du gazole à 0.1% fait face à une forte demande de pays d'Afrique du Nord comme la Libye, l'Algérie et la Tunisie, où ce produit est essentiel à la production d'électricité pendant les chaleurs estivales ainsi qu'au transport routier. L'analyse d'Alkagesta souligne également que, à l'entrée du mois de juillet, l'ensemble des disponibilités en distillats était déjà plus tendu que ne le laissaient penser les prix absolus. Fin juin, un écart de prix négatif entre le carburéacteur et le diesel avait conduit les raffineries à réorienter leur production du carburéacteur vers le diesel, réduisant ainsi les charges disponibles pour le gazole au moment même où les contraintes sur le Rhin limitaient davantage la distribution vers l'intérieur des terres.
Dynamique des prix et réorientation des échanges
Les mouvements de prix tout au long du mois de juillet ont reflété l'aggravation de la pénurie. Alkagesta a indiqué que les prix du gazole à 50 ppm FOB ARA par barge, évalués par Platts, avaient bondi de plus de $75/mt en une seule séance, atteignant $1,065.25/mt le 13 juillet, puis un pic de $1,281.75/mt le 23 juillet — leur plus haut niveau depuis début avril. Les prix des cargaisons de gazole à 0.1% CIF Méditerranée ont suivi une trajectoire similaire, montant à $1,300.25/mt le 23 juillet. Les prix des cargaisons de gazole à 0.1% CIF Europe du Nord-Ouest ont également fortement augmenté, culminant à $1,253.00/mt à la même date.
Les différentiels sur le marché physique ont mis en évidence les tensions du marché : la prime des cargaisons de gazole à 0.1% CIF Méditerranée par rapport au contrat à terme ICE sur le gazole à faible teneur en soufre de première échéance s'est nettement renforcée. À l'inverse, les cargaisons à 0.1% CIF Europe du Nord-Ouest ont été évaluées avec des décotes plus importantes. Les flux commerciaux ont été reconfigurés par la rupture logistique entre les centres de raffinage côtiers et les marchés de l'intérieur. Malgré les taux d'utilisation élevés des raffineries allemandes, un excédent situé à l'intérieur des terres ne peut pas atteindre les zones côtières pour reconstituer les stocks ARA. Cette situation a déclenché une ruée sur les volumes disponibles à brève échéance, en particulier en Méditerranée, où les raffineries régionales fonctionnent à pleine capacité sans parvenir à satisfaire les besoins intérieurs.
La Turquie s'est imposée comme un acteur clé de la réorientation des circuits d'approvisionnement, diversifiant ses importations en juillet avec d'importants volumes de gazole indien et de produits provenant de ports de la mer Rouge. Les flux intraméditerranéens ont également fortement augmenté, la Turquie recevant des produits d'Italie et de Grèce pour combler le manque. Une vigueur extrême des prix à brève échéance a été observée sur de petits lots de gazole à 50 ppm au large de Lomé, échangés avec une prime de $80/mt par rapport au contrat à terme ICE sur le gazole à faible teneur en soufre de première échéance, les importateurs du Sénégal, du Ghana et du Bénin se livrant à une concurrence acharnée pour des volumes limités destinés à la production d'électricité et aux transports. Cette interaction complexe entre les arbitrages sur longue distance et l'intensification des flux locaux continue de soutenir le fort déport sur l'ensemble du marché européen des distillats.
Perspectives
Les perspectives à court terme du marché européen du gazole restent haussières. Alkagesta prévoit la persistance de contraintes logistiques critiques sur le Rhin, où le niveau d'eau à Kaub devrait atteindre des creux historiques autour de 25 cm. Ces difficultés de navigation devraient maintenir une rupture structurelle entre les pôles de raffinage côtiers et les centres de demande de l'intérieur pendant une bonne partie du mois d'août, augmentant considérablement les coûts de livraison. Le faible niveau des stocks ARA mettra davantage à l'épreuve ce marché déjà tendu. En outre, la transition saisonnière vers les spécifications hivernales du fioul domestique, fin août, devrait amorcer un nouveau cycle de constitution des stocks, accentuant la pression sur une offre à brève échéance déjà contrainte. La conjonction des difficultés logistiques sur le Rhin, de l'épuisement des stocks ARA et des évolutions géopolitiques plus larges laisse penser que la situation de l'approvisionnement ne devrait pas s'assouplir sensiblement avant le début du cycle de demande hivernale de chauffage.
Tous les détails de cette mise à jour sont disponibles dans le rapport original d'Alkagesta.
Sources et attribution
Article rédigé à partir de Alkagesta. Consulter l’article original